HYPOTHYROIDIE
(HYPOFONCTIONNEMENT DE LA GLANDE THYROIDE)
Elisabeth Dietschi - CH-3054 SCHÜPFEN
en collaboration avec le Dr R. Hämmerling - D-40476 DÜSSELDORF
1995
(Traduction : Catherine Daniel, collaboration technique : Dr D. Dautriche)
Grâce
à la Fédération Internationale Hovawart (IHF), qui a pour but principal l'aide
à l'élevage du Hovawart dans les différents pays, il est possible d'obtenir des
informations sur l'élevage des neuf pays membres, ce qui permet une vue
d'ensemble représentative de l'état de la race.
En
Suède, la recherche sur l'hypothyroïdie est très poussée depuis des
années. Le fait que le Hovawart ait été
une des races étudiées lors d'une étude fondamentale a été une raison de la
sensibilisation à ce problème au sein du Club suédois du Hovawart. Celui-ci a ensuite soulevé le problème de
l'hypothyroïdie auprès de l'IHF et
lui a porté une attention plus importante.
1. INTRODUCTION
Les
glandes thyroïdes produisent, stockent et sécrètent de la thyroxine (T4)
et de la tri-iodothyronine (T3) dans les follicules. Normalement, tout le T4 est
produit par la glande thyroïde, alors que seulement 20 % du T3 et 5%
du »reverse T3» proviennent de la glande thyroïde. La part principale du T3 et du
»reverse T3» viennent de la dégradation extrathyroïdienne du T4
1.Le T4 est le composant principal (environ 95 %) des
hormones thyroïdiennes circulantes.
L'importance physiologique du T3 chez le chien n'est pas
claire. Chez l'homme le T3 est plus
actif biologiquement que le T4.
Le T4 agit avant tout comme réservoir pour la transformation
en T3 actif 2.
Les
hormones thyroïdiennes agissent de façons très variées sur le métabolisme, la
croissance, le développement des organes et l'activité du système nerveux
sympathique. Elles augmentent le
métabolisme de base, favorisent le stockage du glucose, la synthèse des
protéines et augmentent le métabolisme des graisses et la transformation du
cholestérol en sels biliaires.
La
synthèse de l'hormone thyroïdienne et la taille de la glande thyroïde sont
régulées par la TSH (thyréostimuline).
La production de TSH est régie par un feed-back négatif dépendant du
taux de la thyroxine dans le sang.
Une
hyperthyroïdie (hyperfonctionnement
de la glande thyroïde) avec une augmentation généralisée du métabolisme est rarement
diagnostiquée chez le chien. Elle
apparaît presque exclusivement en liaison avec les carcinomes de la glande
thyroïde sécrétant les hormones3.
L'hyperthyroïdie n'est intéressante chez le chien que dans la mesure où elle
peut apparaître comme un stade temporaire d'une affection auto-immune de la
thyroïde (début d'une hypothyroïdie primaire)4.
Des études immunologiques nombreuses chez l'homme démontrent qu'il existe un
rapport étroit entre l'hyperthyroïdie, l'affection auto-immune de la thyroïde
et l'hypothyroïdie primaire (des anticorps spécifiques ont été trouvés)5.
D'ailleurs,
l'hyperthyroïdie est très vraisemblablement une maladie auto-immune 4.
L'héritabilité de l'hyperthyroïdie est assurée. On sait de la recherche chez les jumeaux humains que les facteurs
d'environnement jouent également un rôle.
On est tenté de croire, comme dans le cas de l'affection auto-immune de
la thyroïde, que ce n'est pas l'hyperthyroïdie en tant que telle qui est
transmise héréditairement mais plutôt l'instabilité du système immunologique.
L'hypothyroïdie (hypofonctionnement
de la glande thyroïde) provoque de nombreuses maladies chez lesquelles
l'approvisionnement suffisant des cellules du corps en hormones thyroïdiennes
n'est pas garanti.Il en résulte un métabolisme perturbé et ralenti des tissus
corporels4.
L'aspect
clinique d'un hypofonctionnement de la glande thyroïde est très varié et doit
être, en cas de suspicion, complété par un diagnostic de laboratoire.
Il. CAUSES
A) HYPOTHYROIDIE ACQUISE
(Ces hypothyroïdies ne sont pas héréditaires).
# Faible teneur en iode de la nourriture
Dans ces cas, le tissu de la glande thyroïde est hypertrophié pour compenser autant que possible le manque de production en thyroxine car, à cause du faible taux de thyroxine dans le sang, le système de feed-back négatif déclenche en permanence l'ordre de produire plus de thyroxine. La survenue d'un goitre non toxique, non actif, qui se développe silencieusement, chez l'homme (augmentation de la thyroïde : «goitre») était autrefois à attribuer à une faible teneur en iode de la nourriture dans certaines régions montagnardes. Aujourd'hui le sel de cuisine est iodé et la fréquence du goitre a ainsi rapidement diminué. Le sel de cuisine est iodé également dans les nourritures préparées employées et la nourriture ménagère, c'est pourquoi ceci n'est pas non plus chez le chien une cause d'hypothyroïdie acquise.
#
Dommages dus aux radiations
En Suède, on n'a pas pu prouver une augmentation significative de l'apparition des cas d'hypothyroïdie après la catastrophe de Tchernobyl. On en conclut que les dommages dus aux radiations ne peuvent être une cause significative.
# Infection par un virus
Les
genres de virus ne sont pas spécifiés.
Le début de la maladie est toujours très aigu,
avec de la fièvre 4.
L'inflammation disparaît en quelques mois.
Une hypothyroïdie ne se développe que dans de rares cas 4,6.
B) hypothyroïdie de naissance =
hypothyroïdie congénitale
(une
prédisposition génétique est très vraisemblable).
De
telles hypothyroïdies peuvent être provoquées par
-
des troubles congénitaux de fonctionnement de la thyroïde (hypothiroïdie
primaire),
-
une malformation congénitale de l'hypophyse (hypothyroïdie secondaire),
-
malformation congénitale de l'hypothalamus 3 (hypothyroïdie tertiaire),
- goitre non toxique, non actif, endémique (goitre sans
mauvais fonctionnement de la
thyroïde).
Les
trois dernières formes d'hypothyroïdies sont très rares chez le chien 7.
Généralement
les maladies les plus graves se manifestent cliniquement, comme de graves
troubles de croissance ou tous processus de maturité.
Dans
les troubles les plus graves les chiots naissent morts ou faibles et sont
souvent mis de côté sans explication précise.
De tels chiots présentent une peau odémateuse et des goitres 8.
En
cas de trouble congénital de l'hypothalamus (hypothyroïdie tertiaire) et/ou de
l'hypophyse (hypothyroïdie secondaire) on peut arriver à un nanisme
hypophysaire ou en cas de trouble de la glande thyroïde à un nanisme
hypothyroïdien.
Un
hypofonctionnement de la glande thyroïde dès le développement embryonnaire
conduit à un sous-développement mental et un retard du développement sexuel
(=crétinisme). Cela se manifeste par un
dos court, de la cyphose, un cou épais, trapu, des extrémités avant épaisses,
courtes, l'arrière-train grêle, atrophié musculairement, le thorax large,
profond et aussi le regard triste 9.
Chez
l'homme, les enfants atteints de lésion congénitale de la glande thyroïde ont
les défauts suivants : surdité, mutisme, développement retardé des os,
épiphyses soudées4.
C) HYPOTHYROIDIE CHEZ
LE CHIEN ADULTE
#
Hypothyroïdie primaire
La
glande thyroïde elle-même est réduite dans sa fonction et ne peut plus produire
suffisamment d'hormones.
L'hypothyroïdie primaire est fréquente chez le chien. Les races naines sont rarement concernées 8.
En
raison de possibilités de diagnostic insuffisantes, de nombreux cas restent
inconnus ou sont mal soignés. On admet
que plus de 90 % des cas chez le chien sont inconnus ou mal soignés.
Une
hypothyroïdie primaire peut être provoquée par
-
une réaction de type auto-immune des tissus
} 95 % des hypothyroïdies
}
-
une atrophie idiopathique } chez le chien
-
des processus d'inflammation
-
tumeurs de la glande thyroïde : elles apparaissent indifféremment chez le mâle
ou la femelle normalement vers l'âge
de 9 à 10 ans, contrairement aux humains où les femmes ont 2,5 fois plus
souvent un cancer de la glande thyroïde que les hommes 10. La plupart des tumeurs de la thyroïde chez
le chien sont malignes mais la plupart des chiens restent euthyroïdiens 30.
- des défauts congénitaux de la fonction
de la glande thyroïde,
-
après une opération de la glande thyroïde,
-
après un traitement aux rayons de la glande thyroïde,
- médicamenteuse (iode à forte dose, substances
antithyroïdiennes, autres
médicaments),
-
manque extrême en iode,
- lors de pertes d'hormones importantes (par exemple par les reins ou le système digestif) 4.
Chez
l'être humain, comme dans le cas de l'hyperthyroïdie, le sexe féminin est
«favorisé» en ce qui concerne la forme primaire de l'hypothyroïdie : le rapport
(femme/homme) est de 10/1 4. Une étude dit que le rapport chez le
chien est de 2,5/1 11.
D'après
mes propres recherches, ce n'est pas valable pour le Hovawart (80 femelles, 99
mâles), ce qui donne un rapport d'environ 0,8/1. Une autre étude trouve un risque plus élevé d'hypothyroïdie chez
les femelles castrées 10.
Dans
l'hypothyroïdie primaire il y a deux formes importantes pour nous, qui se
manifestent à peu près aussi fréquemment 12.
- Affection auto-immune de la thyroïde (thyroïdite lymphocytaire, thyroïdite de Hashimoto)
Les facteurs génétiques sont
vraisemblables.
On
suppose que cette maladie auto-immune est la cause la plus fréquente
d'hypothyroïdie chez l'être humain (environ 80 % 4). Plus de 95 % des cas apparaissent chez les
femmes. On suppose que près de 15 % des
femmes adultes sont atteintes de cette maladie. Chez l'être humain apparaît un goitre 7.
Elle
apparaît par un mécanisme auto-immunitaire, c'est-à-dire que le corps fabrique
des anticorps contre ses propres structures, jusqu'à une réaction atrophique ou
hypertrophique des tissus de la glande thyroïde, par production d'hormones
suffisante, restreinte et occasionnellement excessive 4. Il en
résulte une inflammation chronique de la glande thyroïde. De plus en plus de cellules sont détruites
par l'inflammation qui progresse. La
glande thyroïde est ainsi de moins en moins capable de produire suffisamment de
T4 et T3. L'hypoplasie (sous-développement), l'atrophie et en dernier lieu
l'aplasie (carence) est le stade final d'une affection auto-immune de la glande
thyroïde 4.
L'affection
auto-immune de la thyroïde chez le chien est le pendant exact de cette maladie
chez l'être humain. Chez celui-ci et le
chien on trouve des anticorps contre l'antigène thyroïdien. Mais comme chez le chien la teneur en
anticorps n'est pas aussi évidente que chez l'homme, sa détermination ne vaut
pas comme seul diagnostic 7. Contrairement à ce qui se passe chez
l'être humain, il n'y pas de goitre chez le chien 7.
On
sait de la médecine humaine que d'autres maladies auto-immunes sont observées :
anémie pernicieuse, formes d'anémie hémolytique, gastrite chronique, rhumatisme
chronique, syndrome de Sjögren, lupus érythémateux, diabète sucré, cirrhose du
foie, hépatite aiguë, angiopathie généralisée (maladie des vaisseaux),
insuffisance de la glande surrénale, hypogonadisme.
On
constate souvent chez ces malades la présence fréquente de carcinomes de la
glande thyroïde, peut-être en raison de la forte stimulation de la TSH 6.
La
fréquence d'une affection auto-immune de là thyroïde dans de nombreuses maladies a conduit à penser qu'un facteur
immunitaire fondamental est perturbé.
Les perturbations se manifestent sur le système circulatoire, le tissu
conjonctif et de nombreux autres organes, mais aussi toujours sur la glande
thyroïde 4.
La
reconnaissance d'un trouble de la glande thyroïde peut de ce fait indiquer que
le mécanisme de régulation fondamental du système immunitaire est défectueux.
-
Atrophie thyroïdienne idiopathique
Les
facteurs génétiques sont vraisemblables.
Une perte progressive non inflammatoire des épithéliums folliculaires
conduit à un rétrécissement de la glande thyroïde. Cette forme entre en ligne de compte comme le deuxième type
d'hypothyroïdie primaire. Contrairement
à l'humain, il n'y a chez le chien aucune preuve que l'atrophie thyroïdienne
idiopathique est le stade final d'une affection auto-immune thyroïde 7.
#
Hypothyroïdie secondaire
Elle
apparaît avec la perte de TSH. Le foyer
de la maladie est dans l'hypophyse. Il
existe soit une malformation congénitale de l'hypophyse soit une destruction
tumorale de l'hypophyse. Dans ces
derniers cas on doit par conséquent compter sur d'autres troubles hormonaux
(hypercorticisme, diabète insipide, troubles des hormones sexuelles) 3.
La glande thyroïde ne peut pas produire suffisamment de T4 car la
TSH stimulante manque ou est insuffisante.
Cette forme ne se produit chez le chien que dans moins de 5 % des cas 7.
Le
rapport femmes/hommes chez l'être humain est de 0,8/10. Les hommes sont ainsi
les plus touchés 7. En ce qui concerne le hovawart je n'ai pas de
chiffres si ce n'est un cas de trouble de l'hypophyse.
Le
test «Test de stimulation de la TRH » s'impose. On recherche si l'hypophyse est capable, après substitution de
l'hormone de l'hypothalamus (TRH = hormone libérant la thyréotropine), de
produire suffisamment de TSH, tandis que de son côté la glande thyroïde
permettrait de produire suffisamment de thyroxine.
Une
biopsie de la thyroïde peut également clairement mettre en évidence la
différence avec une hypothyroïdie primaire car l'hypothyroïdie primaire montre
une perte des follicules thyroïdiens alors que dans le cas d'une hypothyroïdie
secondaire les follicules prennent seulement une autre forme 13.
#
Hypothyroïdie tertiaire
Le
trouble provient de l'hypothalamus.
Cette forme n'a jusqu'à présent pas été décrite chez les animaux
domestiques 7. Elle se caractérise par trop peu de TRH et par
conséquent trop peu de TSH.
III. SYMPTOMES
75
à 80 % des organes, c'est-à-dire dans notre cas la glande thyroïde, sont
aménagés en réserves. C'est pourquoi le
début de la maladie ne montre en général pas de symptômes car ceux-ci
n'apparaissent qu'après que la réserve ait été épuisée et qu'environ 75 % de la
glande thyroïde soit défaillante 7.
Ce
n'est qu'à ce moment que la glande thyroïde n'est plus capable de produire
suffisamment d'hormones. C'est pourquoi
il s'écoule beaucoup de temps, dans la plupart des cas de 2 à 3 ans, avant que
la maladie n'apparaisse de façon clinique visible. Comme la maladie progresse lentement, on n'examine pourtant les
chiens que lorsqu'ils ont 4 à 6 ans. Le
syndrome de l'hypothyroïdie primaire ne se développe dans sa totale complexité
qu'au cours d'une longue période, tant qu'elle n'est pas traitée. Les propriétaires pensent souvent que le
chien change simplement en vieillissant et que surtout certaines modifications
de caractère sont dues à l'âge.
Les
hormones thyroïdiennes déploient leurs effets dans toutes les cellules du
corps, ce qui fait qu'en cas de trouble de fonctionnement on doit compter sur
de nombreuses maladies.
Des
symptômes généraux de maladie peuvent être :
-
léthargie, manque d'intérêt,
augmentation du besoin de sommeil, baisse d'endurance : un chien encore jeune devient soudain très vieux car
il y a une restriction du processus total du métabolisme. Chez de nombreux mammifères une forte baisse
de l'activité de la glande thyroïde déclenche l'hibernation 14.
- expression triste de la face
- trouble douloureux de la déglutition,
5
- modifications générales du caractère (irritabilité,
agressivité),
- sensibilité au froid,
- face «bouffie » : par un stockage accru de l'eau et des muccopolysaccarides acides dans le tissu sous-cutané la peau est enflée, ce qui surtout visible au niveau de la tête et est appelé myxoedème 15.
- augmentation du poids du corps avec une quantité similaire de nourriture,
- modifications arthrosiques des membres
qui peuvent conduire à des paralysies.
- appareil circulatoire :
.
fréquence du cour diminuée,
.
pouls faible,
.
abaissement de la température corporelle,
.
peau froide
Les
hormones de la glande thyroïde ont le même genre d'actions sur le système
cardio-vasculaire que les hormones des glandes surrénales (adrénaline,
cortisone et autres). Un manque
d'hormones thyroïdiennes est lié à un affaiblissement de l'activité musculaire
du cour 2. C'est pourquoi dans le cas d'une hypothyroïdie le
métabolisme des hormones de la glande surrénale et, partiellement, la sécrétion
sont réduits 16.
-
peau :
.
pelage sec, terne, cassant,
.
desquamation,
.
« blanchissement » prématuré,
.
perte de poil et hyperpigmentation de la peau,
.
queue «de lévrier afghan»,
. mue qui traîne en longueur
- troubles neurologiques :
.
Low Molor Neuron Disease (maladie nerveuse
périphérique)
Sont surtout concernés les chiens âgés de races moyennes. Ils ont des mouvements lents et raides et même des paralysies avec trébuchement et «pieds» traînants et, surtout à l'arrière-train, des douleurs musculaires au contact et une forte atrophie musculaire partielle. Cela peut également conduire à une paralysie faciale d'un ou deux côtés. En étudiant de tels chiens on a remarqué qu'ils avaient tous une affection auto-immune de la thyroïde 17.
. Peripheral Vestibular Disease (maladie
de l'organe d'équilibre)
On trouve avant tout cette forme chez les chiens âgés de toutes races.<span style=